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Témoignage de Véronique, gardienne de semences

Autodidacte, Véronique a développé une grande panoplie de compétences depuis plus de 30 ans. Ludo-jardinière et créatrice de jeu éducatif, intervenante jardinière, maitre composteur, animatrice d’une association de sensibilisation à la mise en pratique de méthodes respectueuses de l’environnement etc. Formée en Agrobiologie à la ferme, elle a 25 ans d’expériences en création de jardin potager, en privé et en collectif, et développe un jardin en permaculture.

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SOL : Pourriez-vous nous décrire en quoi consiste le conservatoire vivant à Sainte Marthe et quel est votre rôle au sein de cette structure ?

Véronique :  Pour bien comprendre l’intérêt du conservatoire vivant, il faut savoir que les semences ont une durée de vie limitée pouvant aller jusqu’à 10 ans suivant les variétés. La pratique des multinationales travaillant sur les semences, est la congélation. C’est une erreur. Une semence en tant qu’organisme vivant s’adapte avec son environnement. Le processus de congélation créé une rupture avec celui-ci ne permettant donc pas à la semence de s’adapter aux évolutions environnementales telles que le climat par exemple.
Le but du conservatoire vivant est de remettre en culture des variétés de semences qu’elles soient anciennes, en voie de disparition ou non conformes aux normes institutionnalisées les concernant. L’objectif est de préserver la grande variété des semences existante en les maintenant en culture et donc leur permettre de rester dans un processus d’adaptation aux évolutions environnementales.

Les semences sont consignées dans un journal de bord des semences. En fonction des variétés et de leur durée de vie, il y est effectué plus ou moins régulièrement des tests de germination pour savoir si elles doivent être remises en culture afin de ne pas être perdues.

Les conservatoires permettent donc de ne pas perdre les semences. Cependant, il faut distinguer le conservatoire du vivant qui maintient les semences en culture du simple conservatoire qui les stocks sans les mettre en vie.

Mon rôle est notamment de mener ces tests de germination, c’est à dire suivre quelles semences doivent-être remises en culture puis les semer, les planter, les récolter, les sécher, les trier et les ranger.

Le test de germination consiste à la mise en pot de 50 à 100 graines en condition favorable à une bonne germination, le délai diffère pour chaque semence. Au bout de ce délai, on constate la part de graines germées sur celles plantées. Si c’est positif pour moins de la moitié alors une mise en culture est de nouveau lancée.

Parallèlement aux cultures de germination, nous avons créé un espace jardin des semences. L’objectif est de mettre en place un kit de semences qui puisse être reproductibles sur d’autres projets tels que ceux dans des éco-lieux. Ce kit permet de produire 20 à 30 variétés nécessaires à l’autonomie alimentaire d’une famille. Le but est donc de produire des semences permettant à la famille d’être autonome.

Pour avoir un maximum de semences il doit y avoir dans le même temps un minimum de portes graines afin de favoriser un bon brassage génétique.

Tous ces projets se placent dans une perspective coopérative avec l’objectif de recréer des liens entre les individus.

SOL – Qu’est ce qui vous plait dans ce secteur/ métier ?

 

Véronique : Ce qui me plait, j’aime la nature. Si je l’aime, je veux la protéger et donc que je travaille avec elle. Je veux travailler et vivre en harmonie avec la nature.

Dans ma recherche d’autonomie, je complète le cycle, de la semence à la semence. Par exemple, nous avons aussi cet autre projet «  Ambassadeur de graines de vie ». À Sainte-Marthe, les gens viennent se former à la conservation des semences. Ces personnes ont ensuite pour objectif de transmettre à 50 autres personnes la méthode de conservation des semences.

 

Ce projet contribue comme le dit Pierre Rabhi à nous réapproprier le patrimoine de l’humanité, ici en créant une chaîne de transmission de la conservation des semences et ainsi préserver la diversité de ce que la Terre nous offre.

SOL – Pourriez-vous nous donner quelques chiffres afin de mieux situer votre activité ?

Véronique : Nous avons 1 000 variétés potagères au sein du conservatoire. Une partie pour le côté conservation et maintient des variétés et une autre pour celles qui se sont progressivement adaptées à nos territoires.

Actuellement une cinquantaine de semences par an sont soumises au test de germination pour renouveler les semences-souches.

SOL – Savez vous combien de personnes ou structures sont touchées par l’utilisation de votre banque de semences?

Véronique – Depuis que nos avons commencé, nous avons des fiches recensées concernant plus de 30 000 personnes à travers l’Europe ayant fait appel aux variétés de semences traditionnelles.

SOL – Comment la banque de semences asr-elle intégrée au projet Biofermes et en quoi ces deux projets sont-ils complémentaires ?

Véronique : À la banque de semences, les personnes formées au module 2 reçoivent un kit de semence pour leur petite ferme et bénéficier de savoirs faire tels que expliqué précédemment.

À travers le partenariat mené avec SOL, l’idée est aussi de créer une complémentarité à travers l’échange de savoirs, d’expériences, de techniques entre les différents formateurs. Cette relation gagnant-gagnant aborde aussi l’échange de variétés avec le Sénégal et l’Inde.

En France, de nombreuses pratiques ont été perdues, alors que dans d’autres pays, il existe beaucoup plus de transmissions de savoir-faire « traditionnels ». Les pratiques étant beaucoup plus artisanales et moins mécanisées qu’en Europe, il existe encore une grande diversité de savoirs-faire adaptés à l’environnement local des paysans.

SOL – Pourquoi est-il important de constituer des banques de semences pour les agriculteurs, le consommateur et l’environnement ? Quelle est la provenance des semences que vous vendez ?

Véronique : La constitution de banques de semences est importante car elles permettent de maintenir les semences traditionnelles afin qu’elles s’adaptent à nos terroirs. À partir du moment où elles sont cultivées localement, on garantit une qualité de production.

Il est important de retrouver les variétés rustiques, capables de s’adapter à toutes sortes de situations, de terroirs, de climats, d’altitudes…sans les artifices polluants et coûteux de la pétrochimie. Cela permet aux populations rurales de subvenir à leurs besoins de manière efficace et durable, comme l’ont fait leurs prédécesseurs pendant des milliers d’années avec les cultures vivrières.

L’autre raison pour réhabiliter en urgence ce patrimoine est : « 75 % des variétés comestibles cultivées au début du XXe siècle ont disparu » (Chiffre ONU-FAO)

 

Nos collections ont été constituées au cours de ces 40 dernières années par des échanges et donc avec des collectionneurs.

N.B. Je précise que notre vocation n’est pas de vendre mais de diffuser cette « mémoire collective » à des associations et personnes qui s’engagent à leur tour dans ces actions citoyennes, humanitaire ou environnementale pour préserver l’un des bien les plus précieux à la survie des écosystèmes et de leurs populations.

Si vous avez envie de vous former ou apprendre sur la conservation des semences, vos pouvez nous contacter. Nous proposons plusieurs types de formation. Une d’initiation qui a lieu sur un week-end et une plus longue en module 2 pour laquelle nous sommes en partenariat avec SOL.

Je souhaiterai également parler du conservatoire pédagogique de semences de Sainte Marthe. Dans ce lieu, vous y trouverez une exposition permanente avec une grande diversité de graines et une bibliothèque contenant de nombreux ouvrages sur la thématique des graines, les différentes variétés de légumes et énormément d’autres sujets. Ce lieu est intéressant pour qui veut en savoir plus ainsi que pour les étudiants effectuant des recherches sur ces sujets.

Vous trouverez plus d’informations sur nos sites web,www.millevariétésanciennes.org, concernant le conservatoire pédagogique,www.grainesdevie.net, vous y trouverez des informations sur les formations ainsi que sur les statuts d’ambassadeur.

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